Crépuscule —
Le blizzard masque tout,
Même la nuitJack Kérouac
Galerie












images © 2023-2025 Rico Michel
Quelques mots
Avec leurs quelques traits noirs posés sur fond blanc, ces photographies étaient déjà esthétiquement très proches du lavis à l’encre japonais, dit sumi-e. De là à faire le rapprochement avec une autre forme d’expression courte axée sur le moment présent, le haïku, il n’y avait qu’un pas.
Bien qu’étant surtout intéressé par le langage propre à l’image, j’ai constaté que la prose s’invitait subrepticement aux pages de ce recueil. J’ai pensé protester, mais c’eût été devant un fait accompli; ces deux-là allaient déjà main dans la main.
La forme, encore une fois, avait pris le pas sur le détail, et l’intuition s’imposait facilement face à la raison. Je devais maintenant trouver les mots justes. Il ne me restait qu’à invoquer l’esprit de Bashō.
Le monde en miniature
Le haïku est un court poème de trois vers décrivant une observation faite au temps présent. La forme instantanée du haïku fait penser à celle d’un Polaroïd que le poète-voyageur aurait composé pour ensuite le glisser dans son carnet de route.
Apparu au XVIIᵉ siècle au Japon, le haïku témoigne de l’existence d’un «regard photographique» précédant de quelques siècles l’invention de la photographie.
Le poète et le photographe, l’un travaillant l’encre et l’autre la lumière, sont mus par une même intention: celle de capter un instant du monde afin d’en fabriquer une version miniature. C’est un désir uniquement humain que celui de vouloir rendre tangible la mémoire.
«Et juste au moment où je réfléchissais à ta nouvelle idée de poème, j’ai vu un haïku par la fenêtre.»
— Jack Kérouac écrivant à Lois Sorrells
La forme précède le sens
Il n’y a pas de regard objectif en photographie. L’image n’est jamais qu’un fragment du réel, un point de vue tronqué, momentané et incomplet. L’image est subjective et sa vérité toujours multiple, comme celle de l’observateur, ou insondable, comme celle de l’artiste.
S’il existe une «vérité photographique», elle se trouve dans ses éléments fondamentaux: la lumière, la composition, et le dispositif optique.
J’ai donc tenté, en m’inspirant de la forme épurée du haïku et de l’honnêteté mécanique des rayogrammes de Man Ray, d’imaginer une esthétique qui ne proviendrait que de la forme photographique en elle-même.
Les photographies de cette série ont été prises sur pellicule argentique de format moyen. Elles sont tirées en petite série sur papier qualité archive de 24×24 pouces (61×61 cm) et montées sans cadre sur feuille d’aluminium.
«Haïku d’amérique» – Présentation
«Haïku d’amérique» – Photozine



