Un courant d’air dans un ouragan

Un courant d’air dans un ouragan
Jaaz Club — Stable Diffusion, inspiré de Saul Leiter

De toutes les manières d’envisager la nouveauté, le déni est sans doute la pire. Mieux vaut se renseigner afin de pouvoir faire la part des choses et éclaircir une situation qui autrement nous échappe.

Ces quelques réflexions abordent le phénomène de l’intelligence artificielle d’un point de vue créatif, en prenant pour exemple l’écriture. Avec quelques nuances, elles s’appliquent aussi à la création musicale, picturale ou architecturale, soit partout où la patte d’un auteur demeure une valeur sensible. Lire


La forme avant le sens

La forme avant le sens

Il n’y a pas de regard objectif en photographie. L’image n’est jamais qu’un fragment du réel, un point de vue tronqué, momentané et incomplet. L’image est subjective et sa vérité toujours multiple, comme celle de l’observateur, ou insondable, comme celle de l’artiste.

S’il existe une «vérité photographique», elle se trouve dans ses éléments fondamentaux: la lumière, la composition, et le dispositif optique.

J’ai donc tenté, en m’inspirant de la forme épurée du haïku et de l’honnêteté mécanique des rayogrammes de Man Ray, d’imaginer une esthétique qui ne proviendrait que de la forme photographique en elle‑même. Lire


Déjà-vu, mémoire et photographie

Déjà-vu, mémoire et photographie
Déjà-vu — La photographie en tant que mémoire readymade

Le déjà‑vu est une brève expérience durant laquelle le temps semble avoir été mis en boucle.

Le moment se déroule devant nos yeux, au temps présent, mais il nous semble en tout point identique à un souvenir, à un événement que l’on aurait déjà vécu mais dont on ne parvient toutefois pas à clairement identifier l’origine.

La science suggère que ce phénomène ne serait dû qu’à une simple erreur d’aiguillage dans le cortex cérébral¹. Mais fort heureusement, le monde ne se limite pas à celui de la connaissance scientifique; ainsi, j’aime imaginer qu’il puisse exister une dimension parallèle à la nôtre, un monde où la totalité du temps et de l’espace serait accessible simultanément de manière non-linéaire. Le déjà-vu ne serait alors qu’un glissement entre ces deux dimensions, un «glitch» de l’espace-temps qui nous donnerait momentanément accès à cette autre chronologie. Lire


Abstraction et photographie

Abstraction et photographie
Salt Ponds #2a, Near Fatick, Senegal, 2019 (detail) — © 2019 Edward Burtynsky

Bien entendu, l’image photographique ne peut, comme le fait la peinture, aspirer à une abstraction pure. Cela est du à sa définition: elle est un mécanisme qui permet de fixer l’image d’un objet réel¹. Un dispositif optique, comme un objectif ou un sténopé, capte la lumière ambiante et la projette sur une surface photosensible. Cette surface, qu’elle soit une pellicule argentique ou un capteur numérique, va réagir à différents degrés selon l’intensité de la lumière reçue; elle peut ainsi enregistrer l’image momentanément projetée par l’objectif.

Les peintres abstraits ne cherchaient pas à renier la réalité, mais plutôt à faire avancer la peinture en la libérant des contraintes formelles du réalisme. Ils ont dégagé le vocabulaire qui lui était propre en la ramenant à ses éléments essentiels: la matière, la forme, la couleur. La peinture ne devait plus rien au reste du monde: elle valait en elle-même. C’est cette pensée qui sous-tend tout l’art moderne du vingtième siècle. Lire


Adieu, photographie

Adieu, photographie
Daido Moriyama – Sans titre — Image tirée de la série Ombre et lumière, 1982.

Je voulais aller au bout de la photographie»

Daidō Moriyama publie en 1972 un des chefs-d’œuvres de la photographie moderne: «Shashin yo Sayōnara» (Adieu, photographie). On trouve dans ce livre photo de 308 pages un continuum d’images en noir et blanc à la limite de l’abstraction. Certaines de ces images, selon Moriyama, ont été recomposées à partir de chutes de pellicule trouvées sur le plancher de la chambre noire. L’ensemble est pourtant d’une parfaite cohérence: il repousse les limites formelles de la photographie tout en affranchissant son discours de tout devoir de réalisme. Moriyama, clairement, désirait «aller au bout de la photographie».

Le travail de Moriyama n’est certainement pas facile d’approche pour un observateur occidental. On n’y trouvera pas d’image uniquement séduisante à laquelle on pourrait réduire toute son œuvre. Sa démarche, bien qu’essentiellement urbaine et imprégnée de culture médiatique, reste fidèle à la pensée orientale: elle accorde peu d’importance à l’image individuelle et ne trouve son sens que lorsqu’on l’envisage dans son ensemble. Lire


Une marche avec Daidō

«Je crois que le quotidien est parsemé de petites fentes, des ouvertures qui permettent d’accéder à un autre monde.» — Daidō Moriyama

images © 2022-2023 Rico Michel

En lisant «Mémoires d’un chien»¹, je me suis imaginé en Kérouac japonais, faisant la route avec Daidō. Nous cherchions à nous égarer dans l’espace-temps, à la recherche de cet état où, privés de nos repères habituels, nous en viendrions à confondre passé, présent, mémoire et imagination. Daidō n’était pas nostalgique. Il ne cherchait pas une image mémorable, mais l’image de la mémoire elle-même.

  1. Daidō Moriyama, «Mémoires d’un chien», Paris, Delpire Éditeur, 2016, 320 p.
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